Saviez-vous que le taux de remplacement moyen d’un travailleur non salarié à la retraite plafonne autour de 30 à 33 % de ses revenus d’activité, contre 50 à 70 % pour un salarié selon les études ? Cette réalité s’explique par des cotisations obligatoires structurellement plus faibles, qui pèsent lourd sur la pension finale. Face à ce constat, le Plan d’Épargne Retraite individuel, ou PERin, s’impose comme l’outil phare pour les TNS qui veulent préparer leur avenir sans sacrifier leur trésorerie aujourd’hui.

Voici ce que vous allez découvrir dans cet article :

  • Pourquoi le PER individuel est particulièrement adapté aux travailleurs non salariés
  • Comment fonctionnent les deux plafonds de déduction fiscale (et lequel choisir)
  • Les règles de calcul concrètes avec des exemples chiffrés, actualisés pour 2026
  • La différence entre PER individuel et PER d’entreprise pour un TNS
  • Les modalités de sortie et les avantages successoraux

Le PER individuel TNS : un outil taillé pour les indépendants

Le Plan d’Épargne Retraite est né de la loi PACTE de 2019, qui a rationalisé toute la galaxie des produits d’épargne retraite existants. Il remplace aujourd’hui le contrat retraite Madelin, le PERP, le PERCO et les contrats Article 83. Pour les TNS, artisans, commerçants, professions libérales, gérants majoritaires de SARL/EURL, ce changement représente bien plus qu’un simple glissement administratif.

Un point de vigilance dès l’introduction : les micro-entrepreneurs relevant du régime fiscal de la micro-entreprise ne bénéficient que du plafond de déduction universel (celui du revenu global, détaillé plus bas), et non du plafond spécifique et plus avantageux réservé aux TNS imposés au réel (article 154 bis du CGI). Si vous êtes auto-entrepreneur, gardez ce point en tête avant de calibrer vos versements, pour en savoir plus lisez notre article dédié au plan épargne retraite pour auto-entrepreneur.

L’ancien contrat Madelin imposait des versements périodiques obligatoires avec un plancher annuel. Si vous traversiez une mauvaise passe, vous étiez tout de même contraint de cotiser, sous peine de voir votre contrat mis en réduction, c’est-à-dire figé définitivement. Le PER individuel casse ce modèle rigide : aucun versement minimum n’est exigé, aucune fréquence imposée. Vous versez quand vous le souhaitez, le montant que vous souhaitez.

Cette souplesse correspond parfaitement à la réalité des revenus d’un indépendant, qui peuvent varier considérablement d’une année à l’autre. Les bonnes années, vous chargez le PER au maximum. Les années difficiles, vous pouvez mettre les versements en pause sans aucune conséquence contractuelle.

Par ailleurs, le PER individuel est un véhicule universel : il peut recevoir à la fois des versements professionnels (déductibles des revenus catégoriels) et des versements personnels (déductibles du revenu global). Cette dualité est un atout majeur que l’ancien Madelin n’offrait pas.

Deux plafonds de déduction : la vraie force du PER pour les TNS

C’est ici que réside l’avantage fiscal décisif du PER individuel TNS. Contrairement à un salarié qui ne dispose que d’un seul plafond de déduction sur son revenu global, un TNS imposé au réel peut accéder à deux plafonds distincts. Comprendre leur mécanique est indispensable pour optimiser votre stratégie.

Le plafond de déduction du revenu global

Ce plafond est commun à tous les contribuables, qu’ils soient salariés ou non. Il se calcule sur la base des revenus professionnels de l’année N-1, soit l’année précédant celle des versements. Pour les versements effectués en 2026, la déduction autorisée correspond au plus élevé des deux montants suivants :

  • 10 % des revenus d’activité de 2025, retenus dans la limite de 8 fois le PASS 2025
  • 10 % du PASS 2025, soit un plancher de 4 710 €

Atout supplémentaire : depuis la loi de finances 2026, le délai de report des plafonds non utilisés passe de 3 à 5 ans, mais uniquement pour les plafonds générés à partir de 2026. Les plafonds nés entre 2023 et 2025 restent soumis à l’ancien délai de 3 ans : un point de détail qui peut faire perdre une année de report si vous ne l’anticipez pas. Et si vous êtes marié ou pacsé, vous pouvez mutualiser vos plafonds respectifs avec ceux de votre conjoint (case 6QR de la déclaration de revenus).

Le plafond de déduction du revenu catégoriel (article 154 bis)

Ce plafond est réservé aux TNS imposés au réel (BIC, BNC ou gérants majoritaires à l’IS) et constitue le vrai différenciateur fiscal. Il se calcule sur les bénéfices de l’année en cours (et non N-1), ce qui permet d’ajuster ses versements en temps réel. La formule est la suivante :

  • 10 % du bénéfice imposable de l’année N (dans la limite de 8 fois le PASS de l’année N)
  • + 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre 1 et 8 fois le PASS de l’année N

Pour 2026, avec un PASS fixé à 48 060 € (en hausse de 2 % par rapport aux 47 100 € de 2025), ce plafond peut atteindre 88 911 € pour les bénéfices les plus élevés, contre seulement 37 680 € pour le plafond du revenu global. L’écart est considérable et justifie à lui seul l’intérêt du PER pour les TNS à hauts revenus. Un plancher de 4 806 € s’applique si le calcul aboutit à un montant inférieur. En revanche, ce plafond catégoriel n’est pas reportable sur les années suivantes : il doit être utilisé l’année même.

Quel plafond choisir ? La stratégie selon votre situation

Choisir entre déduction du revenu global et déduction du revenu catégoriel n’est pas anodin. Les règles de calcul diffèrent, les années de référence aussi, et les conséquences fiscales peuvent être significatives. Voici un tableau comparatif pour vous aider à y voir clair :

CritèreDéduction revenu globalDéduction revenu catégoriel
Année de référence du bénéficeAnnée N-1 (2025 pour des versements 2026)Année N en cours (2026)
Plafond maximum (versements 2026)37 680 €88 911 €
Plancher garanti4 710 €4 806 €
Report des plafonds non utilisésOui, 5 ans (3 ans pour les plafonds nés avant 2026)Non
Mutualisation avec le conjointOuiNon
Impact sur le revenu fiscal de référenceNonOui (réduction du RFR)

La règle générale est simple : si vous avez des plafonds non utilisés sur les années antérieures, ou si votre conjoint dispose lui aussi de plafonds disponibles, commencez par exploiter le revenu global. Vous cumulez ainsi plusieurs années de capacité de déduction.

En revanche, si tous vos plafonds globaux sont consommés, ou si votre bénéfice est particulièrement élevé cette année, basculez vers la déduction catégorielle. Elle offre un plafond bien supérieur et réduit en prime votre revenu fiscal de référence, ce qui peut avoir des effets positifs sur d’autres dispositifs soumis à ce critère (tarification de certaines aides, calcul de l’impôt sur la fortune immobilière, etc.).

Attention : un versement ne peut pas bénéficier des deux déductions simultanément. Le choix s’effectue versement par versement, mais il est fortement recommandé de maintenir une cohérence sur l’ensemble de l’année fiscale et de se faire accompagner par un expert-comptable ou un conseiller en gestion de patrimoine.

PER individuel ou PER d’entreprise : que choisir selon votre situation ?

La question se pose naturellement dès que votre activité se développe et que vous envisagez de recruter. Car le choix du bon véhicule d’épargne peut significativement changer l’efficacité de votre stratégie retraite.

Le PERin pour le TNS qui exerce seul

Si vous n’employez aucun salarié, la décision est simple : seul le PER individuel est accessible. Vous ne pouvez pas mettre en place un PER d’entreprise sans avoir au moins un salarié titulaire d’un contrat de travail de droit privé (hors mandataire social).

Le PERin vous permet néanmoins d’atteindre une efficacité fiscale remarquable. Prenons l’exemple d’une professionnelle libérale avec un bénéfice de 120 000 €. Pour un effort de trésorerie identique, le PER peut lui permettre d’épargner un capital supplémentaire significatif par rapport à une épargne ordinaire déjà taxée à l’entrée, grâce au gain fiscal généré immédiatement. Le gain exact dépend de sa tranche marginale d’imposition et doit être vérifié au cas par cas avec un conseiller.

Le PER d’entreprise pour le TNS avec des salariés

Dès qu’un salarié rejoint votre structure, une nouvelle opportunité s’ouvre : le PER d’Entreprise Collectif (PERECO). Son atout majeur est l’abondement, une contribution de l’entreprise qui vient compléter les versements volontaires du dirigeant et des salariés. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, cet abondement bénéficie d’un forfait social à 0 %, ce qui en fait un levier d’optimisation particulièrement efficace.

Concrètement, pour un budget équivalent alloué à la retraite, le PER d’entreprise couplé à l’abondement peut générer une épargne nette supplémentaire par rapport au PER individuel seul, notamment grâce à la fiscalité allégée sur les plus-values issues de l’abondement : les prélèvements sociaux s’élèvent à 18,6 % depuis la LFSS 2026 (contre un taux plus élevé pour la fiscalité de sortie des versements volontaires). Ce chiffrage reste indicatif et dépend fortement du profil de chacun.

Sortie du PER et avantages successoraux pour les TNS

Préparer sa retraite, c’est bien. Optimiser sa sortie et anticiper sa transmission, c’est mieux. Le PER individuel offre sur ces deux volets des avantages que les anciens contrats Madelin ne permettaient pas.

Les options de sortie à la retraite

À l’âge de la retraite, le PER vous laisse le choix entre plusieurs modalités de récupération de votre épargne :

  • Sortie en capital (en une ou plusieurs fois) : le capital récupéré est soumis à l’impôt sur le revenu au taux marginal d’imposition, et les plus-values au prélèvement forfaitaire unique, désormais fixé à 31,4 % depuis la hausse de la CSG au 1er janvier 2026 (contre 30 % auparavant)
  • Sortie en rente viagère : imposée à l’IR après abattement de 10 %, et soumise aux prélèvements sociaux selon l’âge
  • Combinaison des deux : une partie en capital, une partie en rente, pour adapter le flux à vos besoins réels

Cette flexibilité est l’une des grandes ruptures avec le Madelin, qui n’autorisait que la sortie en rente. Elle vous permet de piloter votre fiscalité à la sortie selon votre tranche d’imposition au moment du départ à la retraite.

Un atout successoral souvent sous-estimé

Le PER individuel bénéficie d’une fiscalité successorale qui rappelle celle de l’assurance-vie. En cas de décès avant 70 ans, chaque bénéficiaire désigné profite d’un abattement de 152 500 €, puis d’une taxation à 20 % jusqu’à 700 000 €, et à 31,25 % au-delà. Le conjoint ou partenaire pacsé est quant à lui totalement exonéré, quelle que soit la date du décès. Ces règles font du PER un excellent instrument de protection du conjoint survivant et de transmission patrimoniale anticipée.

Le PER individuel TNS cumule des avantages rares : flexibilité des versements, double plafond de déduction fiscale pouvant atteindre 88 911 € en 2026 pour les TNS imposés au réel, sortie en capital à la retraite, et protection successorale efficace. Chaque situation étant unique, une analyse personnalisée avec un conseiller reste indispensable pour choisir le bon plafond et maximiser l’efficacité de votre stratégie retraite.