Un arrêt de travail de 3 mois peut vous coûter entre 5 000 et 15 000 € de revenus perdus quand vous êtes indépendant. Contrairement aux salariés qui bénéficient du complément employeur, les travailleurs non-salariés (TNS), gérants, chefs d’entreprise et auto-entrepreneurs ne comptent que sur eux-mêmes. Les indemnités journalières versées par la Sécurité sociale des indépendants (SSI) sont dérisoires face à la réalité de vos charges fixes. L’assurance maintien de salaire est le seul filet de sécurité capable de préserver vos revenus, votre activité et votre famille. Voici le guide complet avec les chiffres 2026 à jour.
Pourquoi les indépendants sont les plus exposés à la perte de revenus
Quand un salarié tombe malade, son employeur maintient son salaire pendant 30 à 90 jours, en complément des indemnités de la Sécurité sociale. Quand vous êtes artisan, commerçant, profession libérale, gérant de SARL ou auto-entrepreneur, personne ne prend le relais. Pas de complément employeur, pas de prévoyance collective obligatoire (sauf rares conventions de branche). Vos charges fixes — loyer du local, salaires de vos employés, cotisations URSSAF, leasing, fournisseurs — continuent de tomber pendant que vos revenus s’effondrent.
C’est précisément ce vide que comble l’assurance maintien de salaire, aussi appelée assurance perte de revenus ou prévoyance professionnelle. Elle vous verse des indemnités journalières complémentaires, voire une rente en cas d’invalidité, pour maintenir votre niveau de vie le temps de votre arrêt.
Ce que la Sécurité sociale verse réellement aux indépendants en 2026
Depuis 2020, les indépendants relèvent du régime général via la Sécurité sociale des indépendants (SSI, ex-RSI). Les prestations varient selon votre statut exact.
Artisans, commerçants et gérants majoritaires de SARL
Vos indemnités journalières (IJ) sont calculées à partir de votre revenu d’activité annuel moyen (RAAM) des 3 dernières années :
IJ = 1/730 × RAAM
Le RAAM est plafonné au plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 48 060 € en 2026. Même si vous gagnez davantage, vos IJ ne pourront pas dépasser le montant maximum.
| Donnée | Montant 2026 |
|---|---|
| IJ minimum (artisans-commerçants) | 26,33 €/jour |
| IJ maximum (RAAM au plafond du PASS) | 65,84 €/jour |
| Seuil de RAAM en dessous duquel l’IJ est nulle | 4 582 €/an |
| Délai de carence | 3 jours |
| Durée maximale de versement | 360 jours sur 3 ans |
| Durée en cas d’affection longue durée (ALD) | 1 095 jours (3 ans) |
Exemple concret : Paul est plombier, son RAAM s’élève à 38 000 €. Son IJ sera de 38 000 / 730 = 52,05 €/jour, soit environ 1 562 €/mois. Avec un loyer d’atelier à 800 €, un véhicule utilitaire en leasing à 450 € et un apprenti à payer, cette indemnité couvre à peine ses charges fixes, sans rien laisser pour son foyer.
Micro-entrepreneurs / auto-entrepreneurs
Le calcul est encore moins favorable. Votre RAAM correspond à votre chiffre d’affaires annuel après abattement forfaitaire (71 % pour le commerce, 50 % pour les prestations BIC, 34 % pour les prestations BNC). Les IJ sont donc mécaniquement très basses :
| Donnée | Montant 2026 |
|---|---|
| IJ minimum micro-entrepreneurs | 6,28 €/jour |
| IJ maximum | 65,84 €/jour |
Un auto-entrepreneur en prestation de service réalisant 30 000 € de CA annuel se retrouve avec un revenu net retenu d’environ 15 000 € après abattement, soit une IJ d’environ 20,55 €/jour — moins de 620 €/mois.
Professions libérales : attention aux disparités entre caisses
Les règles d’indemnisation varient fortement selon votre caisse de rattachement :
- Professions libérales non réglementées (SSI) : mêmes règles que les artisans-commerçants, IJ max 65,84 €/jour, jusqu’à 360 jours
- Professions libérales affiliées à la CIPAV (architectes, ostéopathes, psychologues, géomètres…) : IJ versées du 4e au 90e jour seulement. Montant entre 26,33 € et 197,50 €/jour en 2026. Au-delà de 90 jours, plus aucune indemnisation de base.
- Professions de santé (CARMF pour les médecins, CARPIMKO pour les kinés/infirmiers…) : régimes propres avec des prestations invalidité-décès spécifiques, mais des IJ souvent très insuffisantes. Par exemple, la CARMF ne verse aucune prestation en cas d’invalidité partielle (taux entre 33 % et 66 %).
La durée d’indemnisation limitée à 90 jours pour les affiliés CIPAV est un piège majeur : si votre arrêt dépasse 3 mois, vous vous retrouvez sans aucun revenu de remplacement.
Capital décès : des montants dérisoires
En cas de décès d’un artisan ou commerçant en activité, la SSI verse un capital forfaitaire de 9 612 € en 2026 (3 844,80 € pour un retraité). Pour une profession libérale, les montants dépendent de la caisse. Dans tous les cas, ces sommes ne permettent pas de protéger durablement une famille. Une couverture complémentaire via un contrat de prévoyance avec garantie décès est indispensable.
L’assurance maintien de salaire : comment ça fonctionne pour un indépendant

Le principe
Vous souscrivez un contrat individuel de prévoyance auprès d’un assureur. En cas d’arrêt de travail médicalement justifié, ce contrat vous verse des indemnités journalières qui viennent compléter les IJ de la Sécurité sociale pour atteindre un pourcentage de votre revenu habituel, pouvant aller jusqu’à 100 %. Certains contrats couvrent aussi vos charges fixes professionnelles (loyer, salaires, leasing).
Indemnisation indemnitaire ou forfaitaire ?
Deux modes de calcul coexistent sur le marché :
- Indemnitaire : les IJ sont calculées en pourcentage de votre revenu professionnel (70 %, 80 %, 100 % du revenu). L’indemnité s’adapte à votre rémunération réelle.
- Forfaitaire : vous choisissez un montant fixe d’IJ à la souscription (par exemple 100 €/jour). Ce montant ne change pas quelle que soit l’évolution de vos revenus.
Dans les deux cas, le total des indemnités (SSI + contrat de prévoyance) ne peut pas dépasser 100 % de votre revenu professionnel avant l’arrêt.
Franchise et carence : ne confondez pas
Deux notions souvent mélangées mais très différentes dans leurs conséquences :
- Délai de carence : période après la souscription du contrat pendant laquelle vous cotisez sans pouvoir encore bénéficier des garanties. Généralement 3 à 6 mois. Si vous tombez malade pendant cette période, vous ne serez pas indemnisé par le contrat.
- Franchise (ou délai d’attente) : nombre de jours entre le début de votre arrêt maladie et le déclenchement du versement des indemnités par la prévoyance. Typiquement 15, 30, 60 ou 90 jours. Plus la franchise est courte, plus la cotisation est élevée.
Astuce : la franchise de votre contrat de prévoyance peut être calée sur la durée pendant laquelle vous disposez de trésorerie suffisante pour tenir sans revenus. Choisir une franchise de 30 ou 60 jours plutôt que 3 jours permet de réduire significativement votre cotisation mensuelle.
Ce que couvre un bon contrat
Un contrat complet de prévoyance maintien de salaire pour indépendant inclut généralement :
- Incapacité temporaire de travail : versement d’IJ pendant toute la durée de votre arrêt
- Invalidité permanente : rente mensuelle si vous ne pouvez plus exercer votre activité, versée jusqu’à l’âge de la retraite
- Décès : capital versé aux bénéficiaires désignés, éventuellement complété par une rente éducation pour les enfants
- Couverture des frais professionnels fixes : option précieuse pour couvrir loyer, salaires et charges incompressibles pendant l’arrêt
- Mi-temps thérapeutique : indemnisation partielle lors d’une reprise progressive d’activité
Combien coûte une assurance maintien de salaire pour un TNS
Le tarif dépend de plusieurs critères : votre âge, votre profession (un couvreur paie plus cher qu’un consultant), le montant d’indemnisation souhaité, la durée de franchise choisie et les options retenues.
| Profil | Cotisation mensuelle indicative |
|---|---|
| Auto-entrepreneur, 30 ans, IJ 30 €/jour | 25 à 45 €/mois |
| Artisan BTP, 40 ans, IJ 80 €/jour | 60 à 120 €/mois |
| Commerçant, 45 ans, IJ 70 €/jour + frais fixes | 80 à 150 €/mois |
| Profession libérale, 35 ans, IJ 100 €/jour | 50 à 100 €/mois |
| Gérant SARL, 50 ans, couverture complète | 100 à 200 €/mois |
Ces montants sont à mettre en perspective avec la perte réelle en cas d’arrêt : un artisan gagnant 3 000 €/mois net qui se retrouve à 1 500 € d’IJ SSI perd 1 500 €/mois. Une cotisation de 80 €/mois pour combler cet écart est un investissement largement rentable.
La fiscalité Madelin : un levier puissant pour les indépendants
La loi Madelin permet aux TNS de déduire leurs cotisations de prévoyance de leur bénéfice imposable, dans la limite de plafonds annuels. Ce dispositif réduit le coût net réel de votre assurance maintien de salaire.
Pour être éligible, votre contrat doit respecter les critères Madelin (contrat responsable, organisme agréé) et vous devez être à jour de vos cotisations sociales obligatoires. Les cotisations sont déductibles du résultat BIC ou BNC, ce qui génère une économie d’impôt proportionnelle à votre tranche marginale d’imposition.
Exemple : vous payez 1 200 €/an de prévoyance Madelin et êtes imposé à 30 %. L’économie fiscale est de 360 €, ramenant votre coût net à 840 €/an, soit 70 €/mois pour une couverture complète.
À noter : les indemnités journalières perçues dans le cadre d’un contrat Madelin sont en contrepartie imposables au titre de l’impôt sur le revenu. Celles versées directement par la SSI le sont également.
Affection de longue durée (ALD) : ce que les indépendants doivent savoir
Les ALD (cancer, diabète, maladies cardiovasculaires, pathologies psychiatriques graves…) concernent particulièrement les indépendants car elles entraînent des arrêts prolongés. En cas d’ALD reconnue, la durée d’indemnisation par la SSI passe de 360 jours à 1 095 jours (3 ans), avec suppression du délai de carence pour les arrêts successifs liés à la même affection. Les soins sont pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.
Cependant, même avec cette extension, les montants d’IJ restent plafonnés à 65,84 €/jour. Sur une maladie longue, l’écart entre vos besoins réels et l’indemnisation SSI se creuse. C’est dans ce scénario qu’un contrat de prévoyance prend toute sa valeur.
Les points clés pour bien choisir votre contrat
Critères prioritaires à comparer
- Montant des IJ garanties et mode de calcul (indemnitaire ou forfaitaire)
- Durée de la franchise : 15, 30, 60 ou 90 jours — calibrez-la sur votre capacité de trésorerie
- Délai de carence à la souscription : 3 mois, 6 mois, voire 12 mois pour certaines pathologies
- Exclusions : antécédents médicaux, sports à risque, pathologies dorsales ou psychiques (souvent exclues ou limitées)
- Couverture invalidité : taux de déclenchement (33 % ? 66 % ?), modalités de calcul de la rente
- Capital décès : montant et conditions de versement aux ayants droit
- Revalorisation : vos IJ sont-elles revalorisées chaque année ou figées au montant initial ?
- Couverture des frais professionnels : option indispensable si vous avez un local, du personnel ou du matériel en leasing
Les pièges à éviter
- La définition de l’invalidité : certains contrats ne versent la rente qu’en cas d’invalidité totale. Vérifiez que l’invalidité partielle (à partir de 33 %) est couverte.
- Les exclusions de pathologies dorsales et psy : ce sont les deux premières causes d’arrêt prolongé chez les indépendants. Un contrat qui les exclut perd une grande partie de son intérêt.
- Le questionnaire de santé : répondez-y avec exactitude. Toute fausse déclaration peut entraîner la nullité du contrat au moment où vous en avez le plus besoin.
- Les contrats non Madelin : vous perdez l’avantage de la déductibilité fiscale sans contrepartie.
Les meilleurs assureurs du marché pour les TNS
Plusieurs assureurs se distinguent par la qualité de leurs contrats prévoyance pour indépendants :
- Alptis : contrats souples avec choix du montant d’IJ, bonne couverture des frais fixes, éligible Madelin
- Swiss Life : indemnités journalières jusqu’à 1 000 €/jour, contrats haut de gamme pour professions libérales et dirigeants
- AG2R La Mondiale : large gamme individuelle, trois niveaux d’IJ (75 % à 85 % du revenu brut)
- Harmonie Mutuelle : solution Moduvéo Pro adaptée aux entrepreneurs, couverture ALD incluse
- MetLife : spécialiste TNS, capital invalidité jusqu’à 20 millions d’euros, IJ jusqu’à 1 000 €/jour
- Groupama : prise en charge de la chirurgie ambulatoire, bonne couverture des artisans et commerçants
Comparez impérativement les niveaux de garantie, les franchises, les exclusions et le tarif sur devis personnalisé. Un contrat moins cher mais truffé d’exclusions ne vous protège pas réellement.
L’assurance maintien de salaire est-elle obligatoire pour un indépendant ?
Non, aucune obligation légale n’impose à un TNS de souscrire une prévoyance maintien de salaire. Contrairement aux salariés couverts par des conventions collectives, les indépendants sont libres de s’assurer ou non.
Cependant, certaines situations rendent cette couverture quasi incontournable :
- Vous avez des charges fixes professionnelles (local, personnel, matériel)
- Vous êtes le seul revenu du foyer ou le revenu principal
- Vous exercez un métier physique exposé aux accidents (BTP, artisanat, transport)
- Vous avez un emprunt professionnel en cours (les banques exigent souvent une prévoyance)
- Vous êtes gérant majoritaire de SARL : votre statut TNS ne vous ouvre droit à aucune prévoyance collective automatique
Pour les entrepreneurs exerçant dans le BTP, pensez aussi à vérifier vos obligations en matière de décennale et de RC professionnelle.
Garanties complémentaires à associer
L’assurance maintien de salaire ne couvre que la perte de revenus liée à un arrêt de travail. Pour une protection complète, associez-la à :
- Mutuelle TNS Madelin : prise en charge des frais de santé (consultations, hospitalisation, dentaire, optique) avec déductibilité fiscale
- Garantie accidents de la vie (GAV) : indemnisation des accidents domestiques, sportifs ou de loisirs, sans tiers responsable
- Assurance homme-clé : indemnisation de l’entreprise elle-même en cas d’absence prolongée du dirigeant
- Assurance perte d’emploi dirigeant : couverture spécifique en cas de perte involontaire de mandat social
- Assurance dépendance : rente en cas de perte d’autonomie
FAQ : assurance maintien de salaire pour les indépendants
Combien de temps faut-il être affilié pour percevoir des IJ de la SSI ?
Vous devez être affilié depuis au moins 12 mois à la Sécurité sociale des indépendants et avoir payé la cotisation minimale maladie. Si vous étiez auparavant salarié ou affilié à un autre régime, vos périodes antérieures peuvent être prises en compte sous conditions.
Peut-on cumuler les IJ de la SSI et celles d’un contrat de prévoyance ?
Oui. Les indemnités de votre contrat de prévoyance viennent s’ajouter aux IJ de la Sécurité sociale. Le cumul est limité à 100 % de votre revenu professionnel avant l’arrêt.
Un auto-entrepreneur peut-il souscrire un contrat Madelin ?
Non, les micro-entrepreneurs ne peuvent pas bénéficier de la déductibilité Madelin car ils sont au régime micro-fiscal (abattement forfaitaire). Ils peuvent en revanche souscrire un contrat de prévoyance individuel classique, mais les cotisations ne seront pas déductibles.
Que se passe-t-il si mon revenu baisse d’une année sur l’autre ?
Les IJ de la SSI étant calculées sur le RAAM des 3 dernières années, une baisse récente de revenus mettra du temps à se refléter dans vos indemnités. En revanche, vos cotisations de prévoyance sont recalculées annuellement. La plupart des contrats permettent d’ajuster le niveau de garantie en cours de contrat.
Quelles sont les démarches en cas d’arrêt de travail ?
Envoyez les volets 1 et 2 de votre arrêt de travail à votre CPAM sous 48 heures. Le motif médical doit figurer sur l’imprimé. En parallèle, déclarez l’arrêt auprès de votre assureur prévoyance dans les délais prévus au contrat (généralement 5 à 10 jours ouvrés).
La prévoyance couvre-t-elle aussi l’invalidité ?
Oui, la quasi-totalité des contrats incluent une garantie invalidité avec versement d’une rente mensuelle. Vérifiez le taux de déclenchement : les meilleurs contrats interviennent dès 33 % d’invalidité, d’autres seulement à partir de 66 %.
Faut-il remplir un questionnaire de santé ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Certaines pathologies préexistantes peuvent être exclues ou entraîner une surprime. Répondez toujours avec exactitude : une fausse déclaration peut annuler votre contrat.
Sécurisez vos revenus dès maintenant
En tant que TNS, gérant ou auto-entrepreneur, votre revenu dépend entièrement de votre capacité à travailler. La Sécurité sociale des indépendants ne verse que des indemnités partielles et plafonnées — au maximum 65,84 €/jour en 2026, soit moins de 2 000 € par mois, et beaucoup moins pour la majorité des indépendants. Face à un accident, une maladie ou une intervention chirurgicale, l’assurance maintien de salaire est le seul dispositif qui garantit la continuité de vos revenus et la survie de votre activité.
Comparez les offres, vérifiez les exclusions, calibrez votre franchise sur votre trésorerie et profitez de la déductibilité Madelin pour optimiser le coût. Votre protection financière est un investissement, pas une charge.
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